Légendes de l'Aède

Si Krishnamurti

Et si Krishnamurti avait raison


Pourquoi ce titre ?
Parce que Jiddhu Krishnamurti à toujours dit que l'homme devait penser par lui-même et non par l’intermédiaire de maîtres ou bien en fonction de modèles....
Et le site que vous avez trouvé et que vous êtes en train de lire expose des modèles, de nombreux modèles initiatiques de par le monde. Chaque écrit de ce site sur les mythes et les légendes que nombre de peuples ont créées, sont des modèles d'initiations pour permettre à la perception du disciple de se rendre compte petit à petit des concepts et autres images sociales et religieuses qui sont en lui. Mais, en fait, ces mêmes modèles voulant libérer la conscience, pourraient être aussi des pièges : ces concepts initiatiques qui se déroulent de façons linéaire pourraient également faire que le disciple en soit prisonnier au fur et à mesure du temps. Ces différentes formes d'initiation sont faites à la base, pour libérer l'être de lui-même, de ces concepts enfermants, mais ont-elles aussi créé une forme de dépendance ?


photo du jeune Krishnamurti

Une forme de dépendance psychologique... c'est d'autant plus réel si les "maîtres" en question ne sont pas conscients qu'il faut sans cesse renouveler l'interrogation du disciple. Et je ne parle pas de la dépendance au « gourou », dopé au « pouvoir » et de nature malveillante.
Les systèmes d'initiations existent en occident depuis au moins 3000 ans avec pour cadre les écoles des mystères grecques, puis celles de l'époque romaine. Sans compter les écoles reliées aux druides celtes et celles des pratiques ancestrales de nombreux peuples, dont nous n'avons pas réellement de connaissance. Ces systèmes ont élevé la conscience de nombreux adeptes, sinon, ils n'auraient pas perduré aussi longtemps : alors, est-ce que ces méthodes amenaient une forme de dépendance psychologique, une forme de modélisation du cerveau de manière insidieuse, comme le suggère Krishnamurti ?
Difficile d'y répondre, mais si l'on replace chaque système d'initiations du point de vue de la panconscience, le point de vue change du tout au tout.


Reprenons le concept de la panconscience : l'univers est une forme de conscience totale, absolue, et neutre d'une certaine manière, mais c'est aussi là que se crée tous les élans de la matière, du plus subtil au plus complexe, et de l'intelligence fondamentale jaillissante à laquelle tous les êtres sont reliés et participent. L'univers matériel, avec ses lois physiques, ses principes d'évolution est une création continue du fait de toutes les entitées vivantes dans ce monde. Chaque humain, chaque animal, chaque végétal, chaque forme vivante donc consciente, crée le monde qui nous entourent, et cela, à chaque seconde. Les physiciens quantiques nous avertissent comme Philippe Guillemant qui parle de « conscience holographique » créant à chaque seconde notre espace personnel, irréel, mais concret à nos yeux. En fait, cette seconde est la seule forme de réalité possible que vous pouvez percevoir, le reste, c'est à dire la ressouvenance des temps passés ou les futurs actes possibles, ne sont que des images transmises par le cerveau, donc, une création illusoire.
La réalité du monde est donc « création continue » dans l'instant, par toute forme de conscience issue de la trame originelle : la Conscience. Le décor du monde est créé et se déroule au fur et à mesure que le "vivant" semble avancer.
photo de nébuleuse

Seul existe cette gigantesque forme de milliards de parcelles de consciences formant un tout ou chacune est lié, mais d'une certaine façon indépendante. Le Dieu que chaque religions formule et adore ou que chaque mystique sent au plus profond de lui, les physiciens quantiques l'on trouvé, sans pour cela le comprendre ou l'accepter.
Ainsi, chaque forme de vie crée l'instant présent - grâce à cette conscience totale à laquelle elle est reliée - chaque forme de vie crée le décor et les futures aventures de sa manifestation.
De fait, si vous créés quelque chose, vous êtes relié à cette chose.
Ici, on retrouve le mythe de Frankenstein ou celui, magnifiquement illustré par Walt Disney, de l'apprenti sorcier.... et ce concept est le suivant : Toute création influe sur son créateur.
Ainsi, chaque "modèle" imprègne le sujet et l'influence, que ce soit un guide pour faire du Yoga ou une méthode de construction de locomotive à vapeur. Toute méthode imprègne l'être selon une tournure précise et le cerveau se modèle selon ce qu'il perçoit comme possible construction de la personnalité. Bien sùr, si une personne s'adonne à une activité enrichissante, cette activité lui donne aussi un certain bien être, et cela conforte la personnalité d'une certaine façon. Cela ne pose aucun problème pour toute activité destiné à développer la personnalité, et si le lien avec son travail ou sa passion devient forte psychologiquement... c'est parfaitement corrigeable. Et vous pourriez dire que les lieux, les ambiances, l'environnement influe sur l'être humain et ce serait tout à fait normal.
Dans l'expectative du vide voulu par le futur candidat à l'éveil, celui-ci se sépare de ses concepts par l'expérience initiatique, mais remplit de fait sa charge mentale du système initiatique, car cette création n'est pas neutre. Ce système dans notre monde occidental est agencé sous une forme hiérarchique en général, ce qui relie l'adepte à une vision évolutive – forme évolutive soutenant toute la nature - et dont l'adepte fait partie qu'il le veuille ou non. Cette force d'évolution inhérente à notre monde, modélise une idée de progression qui dénote avec la perception de l'instant présent auquel l'adepte doit s'approcher.


photo de nébuleuse

La problématique est la base sur laquelle est posée cet enseignement :
1/ les écoles des mystères grecs avaient la culture des divinités et le lien avec la philosophie/cosmogonie qui influençait leurs actes et sentiments.
2/ les enseignements initiatique de la culture occidentale après le premier siècle avaient la culture judéo-chrétienne pour référence et forcement les liens qui vont avec cette culture, en particulier le Jugement.
Je ne sais pas quelle « ancre » les anciens grecs avaient à porter, mais je connais le poids du jugement dans notre culture du « Livre ».
Ainsi l'adepte à l'éveil sur le chemin, après avoir reconnu intérieurement ses liens personnels, ses influences provenant de l'ego et de son inconscient, doit reconnaître les liens du système initiatique qui l'a aidé, et les liens du milieu communautaire, ceux du monde religieux et enfin les liens de la nature, comme l'évolution, ce qui est encore plus délicat, car « le poisson dans le bocal peux comprendre l'enfermement, mais ne peut reconnaître l'eau » et donc son influence.


photo de nébuleuse

Un des premiers éléments que je veux abordé est celui-ci : l'être humain ne vit pas dans un bocal et le « monde » autour de nous n'est pas neutre.
Le deuxième élément est que si chaque être est relié à cette conscience cosmique, celle-ci lui donne la possibilité de rêver, de créer et de rendre vivant d'une certaine façon cette création.
La conclusion est que le lien créé avec un modèle est une réalité que peu de personnes perçoivent vraiment, parce que cette sphère de conscience cosmique donne un pouvoir de reliance à toutes formes de vie ou de création....
Cela n'est pas grave dans une situation d'évolution normale et les hindous ici, parlent de Karma. Le karma est défini comme l'action et chaque action à sa résultante selon les sages de l'Inde. Si ceci est bien compris, revenons à Krisnamurti et à son rejet de tous modèles.
Krisnamurti rejette donc toutes formes d'initiation ou de référence, livresque ou personnelle. L'initiation était donc pour lui une ancre qui pouvait retenir le disciple plutôt que de l'amener à l'éveil. Je précise que je ne suis pas totalement d'accord sur le fait que l'initiation soit automatiquement néfaste, et que ce système peut être d'une grande aide pour la connaissance de soi, mais si le futur éveillé sur le chemin, remplace « l'attention/consciente » par un enseignement qui devient dogmatique, alors cela devient automatique et enfermant. Il faut donc que les "responsables" soient conscient de la facilité d'imprégnation du cerveau et du lien que crée la conscience à chaque instant.

L'être sur le chemin du retour à soi doit se libérer de toutes choses, et le "lâcher prise" est le mantra suprême, mais comment se défaire de sa propre création ?
Le lâcher prise pour un disciple à l'éveil doit être total, si celui-ci à bien intégré le fait que tout est irréel - comme le dit Krisna à Arjuna dans "la Bhagavad Gita" - et ce niveau de conscience est difficile à concevoir, mais en plus il faut intégrer toutes ses créations personnelles qui façonnent une nouvelle personnalité d'initié et voir que celui-ci crée à chaque instant les liens avec le « monde ».
Récapitulons: nous participons d'une immense conscience quantique qui donne à toutes créatures le pouvoir de créer, par ses pensées, par ses actes, par chacune de ses émotions. Ainsi, de quelque coté que l'initié se tourne, il amasse du karma, selon les hindous, ou provoque des pensées qui amènent d'autres pensées et celles-ci participent à l'édification de la personnalité. L'initiation d'un maître ou d'un système quel qu'il soit façonne une autre personnalité, et celle ci, même si elle intègre le lâcher prise, ne peut concevoir le lien fondamental qui l'unit à ses créations, tant que "l'initié" ne reconnaît pas l'illusion totale de l'être. C'est à ce moment là que l'être est libre, véritablement libre.

Krishnamurti était né en Inde, même si sa vie en général s'est déroulée en occident, je croit qu'il n'a pas pris la mesure de l'emprise sur l'esprit occidental, du conditionnement lié à l'idée que la matière est la seule réalité de l'univers. Les hindous ont une culture millénaire avec une approche philosophique du monde et une vision spirituelle qui placent le monde comme une illusion, plus que comme une réalité. Tout le contraire de l'homme occidental attaché à la réalité que ce monde est cycliquement stable et férocement existant.
Photo de Krishnamurti

Ainsi, le disciple est imprégné de l'idée de sortir du monde issu de la chute et de l'évolution cyclique du monde. Le futur candidat à l'éveil doit trouver la porte de sortie, et ce simple "mot d'ordre" empêche le "lâcher prise", puisque il croit être fait de matière, d'énergies et que son but est son accomplissement.
Voila.... l'être occidental a posé sa vie selon le principe que tout à un but et qu'il doit trouver sa voie ; s'il est manager, il doit gagner de l'argent et la considération de ses pairs, et s'il est sur la voie spirituelle, il doit obligatoirement trouver dieu et s'éveiller.
Une idée force peut replacer ces conditionnement dans un ordre convenable : c'est l'idée que la vie est simplement l'Expérimentation.
Le fait de vivre simplement l'expérience du moment est totalement inexistant dans la société actuelle. Revoyez le mythe du retour du fils prodigue dans la bible... Luc 15/11.
Ce mythe tellement dérangeant, pour toutes les personnes animées par la morale et forcément ancrées dans une posture hiérarchique. Pourtant ce mythe expose la réalité...

Les sages disent qu'il faut trouver l'acceptation qui est la voie du "Lacher prise", et de quelle façon si l'être croit qu'il y a un rôle à jouer ? Le « lacher prise » intervient quand l'être sur le chemin découvre l'irréalité du chemin. Cela est terrifiant pour un occidental...
A un moment, l'être spirituel comprend l'inanité de tous les actes et l'absolue illusion du monde, et l'accepte, alors l'expérience peut prendre fin.


L'Aède