Chute ou non Chute
Les religions du livre sont axées sur le concept que l'homme a chuté du monde divin. Cette idée a fait peser sur l'homme occidental une chape de plomb teintée de culpabilité dont nous avons du mal à nous défaire.
Le bouddhisme met l'accent sur le fait que l'homme vit dans l'ignorance (sous entendu de son état divin), cause de ses malheurs. Cela implique également une forme de chute.
Les croyances de l'inde ancienne font état de quatre âges qui représentent chacun une descente graduelle dans la matière et par conséquent pour chaque homme, un plus grand éloignement du divin.
Mais s'agit-il de concepts ou bien d'une réalité...?
Le premier livre de l'ancien testament; la Genèse, décrit la création de l'homme et de la femme par Dieu; celui-ci les établit dans un jardin paradisiaque, mais il leur interdit de manger de l'arbre de la connaissance. Puis, le serpent entre en scène :
"Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs, que l’Éternel Dieu avait faits. Il dit à la femme: Dieu a-t-il réellement dit: Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin? La femme répondit au serpent: Nous mangeons du fruit des arbres du jardin. Mais quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: Vous n'en mangerez point et vous n'y toucherez point, de peur que vous ne mouriez. Alors le serpent dit à la femme: Vous ne mourrez point; mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. La femme vit que l'arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu'il était précieux pour ouvrir l'intelligence; elle prit de son fruit, et en mangea; elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d'elle, et il en mangea. Les yeux de l'un et de l'autre s'ouvrirent, ils connurent qu'ils étaient nus, et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s'en firent des ceintures." Génèse 3/1
Que peut-on déduire de ce récit:
Le Dieu de la bible est là particulièrement inconséquent : il plante un arbre majestueux au milieu du jardin, un endroit incontournable, et il y met une bête rusée et bavarde qui peut causer quelques méfaits, ce qui arrive bien sûr. Ainsi tous les éléments poussant au désir sont réunis...
Nous les êtres humains, nous savons combien le désir est puissant en nous, mais comment se fait-il que Dieu, notre créateur, ne l'ai pas reconnu ?
Cela n'est pas vraisemblable, puisqu'il est dit que:
"Puis Dieu dit: Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, il créa l'homme et la femme. Dieu les bénit, et Dieu leur dit: Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. Et Dieu dit: Voici, je vous donne toute herbe portant de la semence et qui est à la surface de toute la terre, et tout arbre ayant en lui du fruit d'arbre et portant de la semence: ce sera votre nourriture. Et à tout animal de la terre, à tout oiseau du ciel, et à tout ce qui se meut sur la terre, ayant en soi un souffle de vie, je donne toute herbe verte pour nourriture. Et cela fut ainsi. Dieu vit tout ce qu'il avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le sixième jour." Génèse 1/26
Donc, si l'Homme a chuté, le mythe de la perfection de Dieu est absurde et le texte même de la Genèse le spécifie, puisque si Dieu fait l'homme à son image, Dieu savait très bien de par sa "nature", la puissance du désir, et par là-même, poser un interdit était la meilleure façon de déclencher un désir irrépressible. L'interdit ainsi que le désir, ont un pouvoir d'attraction trop fort pour que le couple humain n'enfreigne pas cet ordre divin.
Ainsi...
Soit Dieu a voulu voir si l'homme avait de la fermeté et de la volonté dans l'obéissance à son créateur et dans ce cas,
soit Il à voulu tenter une expérience...
soit Il n'avais pas prévu cette possible réaction.
Soit simplement Dieu ou quelque soit l'entité que l'on nomme Dieu, est imparfait, car il n'a pas perçu la faiblesse de l'homme,
et donc, cet interdit était stupide, et Il n'aurait jamais dû planter cet arbre de la chute dans le paradis !
Soit, Dieu a voulu tester le "libre arbitre" !!!
Selon ce passage de la Genèse, il n'y a que deux possibilités: soit nous sommes " la nation humaine" à l'image d'un être imparfait, d'un expérimentateur ne possédant pas toutes les données pour faire un monde idéal, ceci expliquant notre misère actuelle.
Soit la "nature" de Dieu est d'étudier, d'apprendre par l'expérience, de mettre en jeu un ensemble de données permettant une compréhension du moment factuel, une expérimentation continue de l'univers en formation, et l'observation des interactions entre chaque êtres, chaque instant de confrontation de l'intelligence avec la matière.
Selon cette dernière interprétation, il n'y aurait pas de chute, mais une expérimentation de la Vie et c'est notre pauvre intelligence facilement subjuguée et ce besoin de concepts et d'idéaux fabriqués par des fanatiques religieux qui nous a mis cette idée de la chute dans la tête.
Dans la Grèce antique, le mythe qui "flétrit" l'humanité ou qui lui enlève son état divin immortel, est celui de la boite de Pandore. Epiméthée a ouvert ce qui ne devait pas l'être et cette action délivre tous les maux sur l'humanité. (Epi-méthée est : celui qui pense après et Pro-méthée celui qui pense d'abord ou en premier. Méthée vient de Methis en Grec : l'idée ou la pensée) Cet épisode de la mythologie fait suite au fait que Prométhée a volé le feu aux dieux et ainsi déclenché le courroux de Zeus. Zeus a donc créé un être magnifique de désir; Pandora, et lui donne une jarre (et non une boite) remplie de tous les maux les plus terribles. Zeus savait très bien que le frère de Prométhée, Epiméthée, ne résisterait ni à la beauté de Pandora, ni au besoin d'ouvrir la jarre, avide de voir son contenu.
Le texte nous vient d'Hésiode, dans : "Les travaux et les jours".
Zeus qui aime à lancer la foudre, ce dieu qui rassemble les nuages, dit à Prométhée plein de son courroux :
"Fils de Japet, ô le plus habile de tous les mortels ! Tu te réjouis d'avoir dérobé le feu divin et trompé ma sagesse, mais ton vol te sera fatal à toi et aux hommes à venir. Pour me venger de ce larcin, je leur enverrai un funeste présent dont ils seront tous charmés au fond de leur âme, chérissant eux-mêmes leur propre fléau."
En achevant ces mots, le père des dieux et des hommes sourit et commanda à l'illustre Héphaïstos de composer sans délais un corps, en mélangeant de la terre avec l'eau, de lui communiquer la force et la voix humaine, d'en former une vierge douée d'une beauté ravissante et semblable aux déesses immortelles ; il ordonna à Athéna de lui apprendre les travaux des femmes et l'art de façonner un merveilleux tissu, à Aphrodite à la parure d'or de répandre sur sa tête la grâce enchanteresse, de lui inspirer les violents désirs et les soucis dévorants, à Hermès, messager des dieux et meurtrier d'Argos, de remplir son esprit d'impudence et de perfidie. Tels furent les ordres de Zeus, et les dieux obéirent à ce roi, fils de Kronos. Aussitôt l'illustre Héphaïstos, soumis à ses volontés, façonna avec de la terre une image semblable à une chaste vierge ; la déesse aux yeux bleus, Athéna, l'orna d'une ceinture et de riches vêtements ; les divines Grâces et l'auguste Océanide Péitho déesse de la Persuasion lui attachèrent des colliers d'or, et les Heures à la belle chevelure la couronnèrent des fleurs du printemps. Athéna entoura tout son corps d'une magnifique parure. Enfin le meurtrier d'Argos, docile au maître du tonnerre, lui inspira l'art du mensonge, les discours séduisants et le caractère perfide. Ce héraut des dieux, Hermès, lui donna un nom et l'appela Pandore, parce que chacun des habitants de l'Olympe lui avait fait un présent pour la rendre funeste aux hommes industrieux.
Après avoir achevé cette attrayante et pernicieuse merveille, Zeus ordonna à l'illustre meurtrier d'Argos, au rapide messager des dieux, de la conduire vers Épiméthée. Épiméthée ne se rappela point que Prométhée lui avait recommandé de ne rien recevoir de Zeus, roi d'Olympe, mais de lui renvoyer tous ses dons de peur qu'ils ne devinssent un fléau terrible aux mortels. Il accepta le présent fatal et reconnut bientôt son imprudence.
Auparavant, les tribus des hommes vivaient sur la terre, exemptes des tristes souffrances, du pénible travail et de ces cruelles maladies qui amènent la vieillesse, car les hommes qui souffrent vieillissent promptement.
Pandore, tenant dans ses mains un grand vase, en souleva le couvercle, et les maux terribles qu'il renfermait se répandirent au loin. L'Espérance seule resta. Arrêtée sur les bords du vase, elle ne s'envola point, Pandore ayant remis le couvercle, par l'ordre de Zeus qui porte l'égide et rassemble les nuages. Depuis ce jour, mille calamités entourent les hommes de toutes parts : la terre est remplie de maux, la mer en est envahie, les maladies se plaisent à tourmenter les mortels nuit et jour et leur apportent en silence toutes les douleurs, car le prudent Zeus les a privées de la voix. Nul ne peut donc échapper à la volonté de Zeus.
Ainsi, les maladies et la mort s'abattirent sur les hommes...
Ceci est une forme de chute, de déchéance qui place les hommes au même rang que les animaux et ne les rend surtout, plus du tout comparables aux dieux.
Ce qui est étrange, c'est que ces deux textes; la genèse et la boite de Pandore, ont été écrits à peu près à la même époque, vers 750/700 avant notre ère. Décidément le sort de l'humanité semblait bien sombre à cette époque et ils fallaient expliquer cette déchéance de l'homme par rapport à l'idée d'un Dieu immanent. Que diraient ces auteurs maintenant!!!
Deux thèmes émergent à l'origine de ces textes : le Désir et l'Orgueil, deux "qualités" que ne peuvent accepter les dieux. Ainsi à travers ces exemples: les désirs, les manque de volonté, l'orgueil et même l'absence de réflexion, c'est l'état de faiblesse de l'Homme qui est montré dans ces histoires. Mais dans ces deux mythes les hommes ont été créés par Dieu ou par les dieux, ce qui revient à l'idée que ces divinités ne sont pas parfaites, puisqu'ils créent des créatures imparfaites soit par inconséquence, soit par jalousie. Ce concept est bien accepté par les anciens grecs, mais non par les chrétiens qui ont porté au pinacle l'idée de perfection absolue, d'immanence, de mythe de l’Éternel.
Les dieux grecs semblent plus humains que le dieu créateur de la genèse, et ainsi, leurs créations leur ressemblent beaucoup plus : orgueilleux, colériques, etc...
Zeus, dans ce sens, est plus proche de Yahvé ou Jéhovah qui est un dieu terrible de fureur et de jugement.
Petite réflexion : Zeus n'est pas le créateur de l'univers (lire Hésiode : La théogonie) Zeus est le régent de la terre... Ainsi, de la même façon, dans le texte de la genèse Dieu est transcendantal et Yahvé (qui surgit dans l'Exode) vraiment plus colérique... peut-être que pour les très anciens sémites, deux formes de divinités semblaient exister ???
Mais ce n'est pas mon propos dans cet article....
En fait, cet essai, s'appuie sur une question que nombre de chrétiens se posent: comment se fait-il que Dieu ait créé un monde aussi funeste pour l'homme ?
Ceux qui répondent que c'est de la faute de l'homme selon la genèse, se trouvent en "porte à faux" par rapport à la notion d'un dieu parfait immanent et aux pouvoirs absolus. C'est ce que nous avons illustré : soit Dieu n'est pas parfait, soit il est parfait et ceci (ce monde avec toute sa création) est une EXPERIENCE voulue. Mais dans ce cas, "la chute" est une vision erronée de l'infortune de l'homme, une fausse idée de la destinée humaine.
Effectivement si l'on part de l'idée que le concepteur du monde est parfait, on a véritablement du mal à croire que c'est Dieu qui nous a créés...!
D'où pour certains, l'hypothèse que le diable s'en soit mêlé... (le serpent dans la genèse), mais ce diable a bien été créé par le créateur de l'univers, alors...?
Faire intervenir un dualisme dans le fait même de la création, c'est faire intervenir l'idée de deux dieux... ce qui n'entrave pas le fait d'une éventuelle chute accidentelle dans le processus de l'évolution. Mais, le plus simple est d'admettre qu'il s'agit là d'une vaste expérience de l'univers, créée par et pour les créatures issues de ce processus, ces créatures divines revêtues d'une apparence humaine permettant l'expérimentation de la matière, et les plus à même d'en comprendre les arcanes.
Sautons un pas dans le monde spirituel.
Beaucoup de personnes vont un chemin d’Éveil, soit par une initiation, soit par le contact avec un gourou, soit par une approche personnelle: par la lecture et la méditation. Après un long chemin de connaissance de soi, après avoir fait le tour de tous ses désirs, ses peurs, ses concepts enfermants et donc, après avoir vu le fonctionnement du Mental, le cheminant spirituel arrive à la compréhension que seule l'attention à l'instant présent est Libératrice. Mais voila que le saut dans l'Inconnu est ardu...
"Va vends tout et suis-moi" signifie un lâcher prise total et une démarche mentale difficile pour une personne adaptée à un monde matériel, très changeant, perpétuellement en évolution.
Ainsi, beaucoup de personnes, pourtant très conscientes de cette approche de l’Éveil, n'arrivent pas à "lâcher", à "passer le pas". Pour quelles raisons ??? Examinons ces raisons...
1/ l'idée que l'être humain est fondamentalement divin par essence, mais malheureusement enfermé dans un corps trop animal ou subjugué par sa nature humaine riche d'expériences; ainsi, pour le "cheminant spirituel" qui se conçoit encore comme une créature du monde ou une créature de l'espace-temps, le refus du "choc d'être divin" amène un conflit de conscience.
2/ le concept de chute propagé par les religions entraîne une vision mentale restreignant, entravant la compréhension, et bloque l'être dans une posture psychologique, celle de se croire obligé à une forme de rédemption, tel le Christ sur la croix. Ce malaise provient de l'endoctrinement religieux, conjointement avec la perception d'une évolution fondamentale régnant sur la nature et prôné comme modèle d'une société toujours en essor.... ce qui rend le malaise est encore plus puissant.
Nous comprendrons mieux avec un récit tiré des évangiles : Celui du retour du fils prodigue... Luc 15/11
« Il [Jésus] dit encore : Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : mon père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir. Et le père leur partagea son bien. Peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout ramassé, partit pour un pays éloigné, où il dissipa son bien en vivant dans la débauche. Lorsqu'il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla se mettre au service d'un des habitants du pays, qui l'envoya dans ses champs garder les pourceaux. Il aurait bien voulu se rassasier des caroubes que mangeaient les pourceaux, mais personne ne lui en donnait. Étant rentré en lui-même, il se dit : Combien de mercenaires chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j'irai vers mon père, et je lui dirai : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d'être appelé ton fils ; traite-moi comme l'un de tes mercenaires. Et il se leva, et alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, il courut se jeter à son cou et le baisa. Le fils lui dit : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d'être appelé ton fils. Mais le père dit à ses serviteurs : Apportez vite la plus belle robe, et l'en revêtez ; mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers aux pieds. Amenez le veau gras, et tuez-le. Mangeons et réjouissons-nous ; car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent à se réjouir. Or, le fils aîné était dans les champs. Lorsqu'il revint et approcha de la maison, il entendit la musique et les danses. Il appela un des serviteurs, et lui demanda ce que c'était. Ce serviteur lui dit : ton frère est de retour, et, parce qu'il l'a retrouvé en bonne santé, ton père a tué le veau gras. Il se mit en colère, et ne voulut pas entrer. Son père sortit, et le pria d'entrer. Mais il répondit à son père : voici, il y a tant d'années que je te sers, sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m'as donné un chevreau pour que je me réjouisse avec mes amis. Et quand ton fils est arrivé, celui qui a mangé ton bien avec des prostituées, c'est pour lui que tu as tué le veau gras ! Mon enfant, lui dit le père, tu es toujours avec moi, et tout ce que j'ai est à toi ; mais il fallait bien s'égayer et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort et qu'il est revenu à la vie, parce qu'il était perdu et qu'il est retrouvé. »
Voila le modèle psychologique avec lequel nous avons tous été formatés : celui du péché et de sa nécessaire rédemption pour rejoindre le père. C'est le thème de la chute de façon personnelle. Eh! oui, nous devons expier, nous faire pardonner nos fautes, mais qui a mis le Désir en nous, qui a mis le besoin d'explorer, de chercher d'autres horizons, et de commettre forcément certaine fautes ???
Bien sûr, ce texte s'il est pris de manière psychologique et surtout morale, met en scène un jeune homme peu scrupuleux qui dilapide son héritage et ensuite revient demander pardon. Ceci est parfaitement humain, comme l'est l'attitude du frère qui trouve injuste cette situation.
Mais, le père dans ce récit ne lui demande pas de se justifier, il ne demande pas de pardon, il accueille son fils et cela n'est pas moral pour une religion du péché. Ce texte a toujours été compris comme un pardon obtenu par un père généreux, mais cela n'est pas le cas. Le père dit "mon fils était mort et il est revenu à la vie". C'est tout. Reprenons le récit de la Genèse (voir le court passage souligné) l'interdiction de manger du fruit de l'arbre tient dans le fait que l'homme peut en mourir. Cela dit que l'être originel est véritablement vivant, alors que l'être devenu humain est mort, enfoui, englouti par la matière.
On parle d'éveil pour un être qui reconnaît son état divin. Il n'y a pas de processus dans le texte du"fils prodigue", l'éveillé voit son état humain et sa stature divine et cela suffit. Le processus de l'initiation tient dans la connaissance de ses "enfermements" personnels, sociaux et collectifs. Puis vient l’Éveil, l'être sort de l'oubli, de la mort et il vit de nouveau sa relation au Divin.
Quand un être se place devant un chemin spirituel, il se place devant un but, et ce but se situe dans un contexte: ce monde, et ce monde est soumis au principe de l'influx du temps et de nombres d'influences. Ainsi, par chacun de ses sens, l'homme est soumis à l'évolution et il est persuadé que ce monde est soumis au temps et que c'est la seule réalité. Mais le temps est un concept, seulement un concept... il n'y a aucune réalité du temps. L'homme ne vit que dans l'instant présent, il est là présent, et ne peut vivre autrement que dans l'instant. Tout le reste est construction mentale... bien sûr, si vous dessinez un plan de maison maintenant, il y a de fortes chances que vous puissiez réaliser cette œuvre dans le futur, mais il n'empêche que vous êtes et demeurez dans l'instant.
L'être humain vit dans deux mondes, celui de la nature et de ses principes, comme l'évolution avec son reflet, l'entropie, et celui qu'il sent profondément à l'intérieur de lui qui est sans dimensions, sans limites. Les orientaux ont nommé ces deux dimensions, le Nirvana et le Samsara, l'un réel au plus profond de l'être et l'autre construit par et sur l'ignorance... ce qui exprime bien sa réalité. Voir ce qui est "du monde" et reconnaître ce qui est de Soi est justement la finalité du chemin spirituel.
Ainsi le principe de la chute est un non-sens... Puisque le temps n'existe pas réellement, comment peut-il y avoir de chute dans la matière, si cette matière est juste une construction irréelle? Comme un décor qui s'ouvre devant chacun de nos pas pour que la conscience expérimente et vive des actions diverses ! Ceci est juste une vision du mental.
Comment est-il possible de ne pas concevoir l'idée que ce "monde" est une expérience ou Dieu (ou quelque soit l'entité glorifiée par tant de religions) veut simplement tenter une aventure... Ainsi, il n'y a pas besoin de « Sauveur » puisque nous avons semble t-il accepté l'aventure de la conscience...
Cette idée va sembler choquante pour beaucoup de gens, mais un point s'éclaire tout d'un coup... selon cette notion, effectivement, l'homme est bien fait à l'image de Dieu.
L'Aède